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Au chat et à la souris (PART II)

Sa tête couverte d’une ridicule coiffe se penche sur moi et, soudainement, une terrifiante poitrine, comprimée dans l’échancrure d’une blouse trop étroite, obscurcit mon champ de vision.

 

  Sous la pression, le bouton cède et déverse un flot de chair difforme qui se balance et s’entrechoque dangereusement au-dessus de mes yeux. Le ballottement perd de l’ampleur et finit par se figer dans un précaire équilibre. Je regarde avec inquiétude les deux énormes seins en forme d’obus suspendre leur survol de reconnaissance et s’avachir brutalement contre mon visage, à gorge déployée.

  De rage, je la mords à mort. Sauvagement, mes dents carnassières saisissent leur proie, s’acharnent sur elle, ne la lâchent pas. Elles s’enfoncent profondément dans la matière flasque, la lacèrent, l’arrachent par lambeaux, déchiquettent la chair sanguinolente, recrachent un bout de téton caoutchouteux et peu comestible. L’infirmière beugle, comme jamais un humain n’a encore hurlé.

    Je me complais dans la plus complète inactivité et la plus grande solitude. Mes journées s’étirent interminablement dans ce huis clos avec moi-même. Je n’ai rien à faire, je n’ai rien à penser, juste à entretenir mon corps pour qu’il ne défaille, à occuper mon esprit pour qu’il ne déraille. La pièce doit mesurer tout au plus dix mètres carrés ; pas facile de se dépenser physiquement et de s’évader intellectuellement dans ces conditions.

  Pour conserver la forme, je cours dans la pièce, je longe les murs, à petites foulées ou sautillements, des heures entières. Cette activité m’aide à survivre, à sentir mon cœur battre, mon souffle souffrir. J’alterne les courses, dans le sens des aiguilles d’une montre ou l’inverse. Je fais des étirements, des pompes, des assouplissements, parfois même des figures acrobatiques. C’est le seul moyen que j’ai pour entretenir mon corps.

  Quand à mon esprit, il est bien incapable de penser quoi que ce soit. Trop d’interrogations demeurent. Je ne connais  toujours pas la raison de mon placement. La rumeur affirme que j’ai butté une fille. Butté ? Oui, une belle gosse ! Une belle gosse ? Oui, une serveuse de cafétéria.*

  Au plus profond de mes souvenirs, je ne parviens pas à visualiser la scène. Les images qui défilent dans ma mémoire restent désespérément opaques, seule subsiste la bande son. Cela commence toujours par la cacophonie d’une foule agitée, puis une voix cristalline s’élève et prononce une phrase en forme de sentence qui indéfiniment se répète par vagues dans mon esprit : « Butte-la, la belle gosse ! ». L’excitation est à son comble quand brutalement des coups de sifflets stridents surgissent de toute part et se réverbèrent douloureusement dans ma tête.

  Je ne revois pas la fille, son visage, ses lèvres, pourtant je ressens encore son souffle chaud qui me brûle la poitrine. J’entends ses aspirations plaintives. Cela provoque en moi une érection immédiate. Oui, il a dû se passer quelque chose de grave.  Ai-je été jugé pour cet écart ou interné d’office ? Je ne me souviens de rien, et cela m’inquiète.

 

 

* voir l’épisode précédent « Station-service ».

 

(A suivre...)

Jack Monster, © 2008, tous droits réservés. 

 

Commentaires

  • Très doué pour tenir le lecteur en haleine.Ca me rappelle un peu Shutter Island de Lehane.Tu connais ?Tes textes sont passionnants , je vais guetter la suite avec impatience.
    Bonne fin de dimanche.

  • Il n'y a pire prison que celle que l'on se fabrique.

    Une suite de station service, bien !
    Je me suis fait surprendre.

  • @ Sandrine : Merci pour tes compliments. Non je ne connais pas Shutter Island de Lehane. Si tu peux m'en dire plus, je suis preneur !

    @ Thierry : je n'ai jamais l'occasion de te remercier pour ta fidélité. Merci, ton soutien m'apporte beaucoup.

  • tu sais y faire grand monstre !
    je m'en vais voir la suite... je crains le pire.

  • Cela se corse, en effet !
    Mais, t'en a de drôles d'idées dis donc ?

    Annibal boufferait les seins de l'infirmière cuisinés maison.
    Là M.J , tu me déçois un peu, c'est de l'anthropophagie pure et dure...
    Tu dois lire: Envie et Gratitude " Mélanie Klein "

    Kiss Kiss je vais manger quelque chose aussi.

    Wendy

  • Cela se corse, en effet !
    Mais, t'en a de drôles d'idées dis donc ?

    Annibal boufferait les seins de l'infirmière cuisinés maison.
    Là M.J , tu me déçois un peu, c'est de l'anthropophagie pure et dure...
    Tu dois lire: Envie et Gratitude " Mélanie Klein "

    Kiss Kiss je vais manger quelque chose aussi.

    Wendy

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