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Au chat et à la souris (PART III)

  Je ne reçois plus guère de soins.  Je suis classé comme patient extrêmement dangereux. Une fois par jour la trappe située en bas de la porte de ma cellule s’entrouvre. Brièvement un bras point et fait glisser sur le sol une écuelle de nourriture jusqu’au milieu de la pièce. Je le reconnais, c’est souvent le même, velu, dodu, bestial mais malgré tout féminin.

  J’entends ses pas résonner dans le couloir, se rapprocher de la porte. Sciemment elle alourdit sa démarche, en accentue le bruit, pour me signaler qu’elle arrive, pour me prévenir de me tenir prêt, qu’il serait dommage que je sois assoupi, afin que le jeu puisse se dérouler dans les règles de l’art, à égalité de chances car c’est un moment de la journée très attendu.

  Je me poste près de la porte et guette l’apparition de son bras. De l’autre côté,  elle se méfie. C’est à qui sera le plus vif ! Elle a le privilège d’engager la partie. J’entends sa respiration forcir, puis se bloquer au moment crucial où elle s’apprête à jeter son bras dans l’arène. J’affectionne ce moment bref qui précède l’agissement où chacun, de part et d’autre de la paroi, retient son souffle, épie le moindre bruit indicateur. J’aime entendre le tambourinement du cœur s’emballer dans la poitrine, la gorge se resserrer, l’adrénaline s’emparer du corps. A peine le bras jaillit-il que mon pied tente d’écraser sa main.

  La partie se déroule toujours en deux phases. La seconde, la revanche, quand elle fait rouler la bouteille d’eau, est plus tactique ; deux choix s’offrent à elle : renvoyer immédiatement la bouteille et profiter d’un effet de surprise ou observer un temps d’attente plus ou moins long et se retrouver dans la situation précédente, lors du premier jet. C’est une question de stratégie dont elle a la maîtrise ou la main.

  Je gagne rarement face à cette joueuse aguerrie. Je suis persuadé qu’ils m’envoient la championne du monde de la clinique, la plus expérimentée, la plus habile. Elle a l’avantage de s’entraîner beaucoup plus que moi avec le grand nombre de patients à servir.

  En de rares moments d’égarements, je parviens à tromper sa vigilance. Je remporte la partie et nous sommes deux à hurler d’un même cri : elle de douleur et moi de joie. Mon talon, telle une masse tombe lourdement sur sa main et la tue sur le coup comme on écrase une araignée se défilant sur le sol, puis j’aplatis consciencieusement ses doigts en m’essuyant méticuleusement les pieds. En général dans ces cas là, le jeu s’interrompt et quelques minutes plus tard j’ai droit à l'intervention de la brigade piqûre.

  Ce matin, ses pas ne résonnent pas de la même façon…

 

(A suivre...)

Jack Monster, © 2008, tous droits réservés.

Commentaires

  • ouille...j'attends la suite impatiemment

  • Toujours pas clair qui fait quoi, qui joue avec qui, c'est pourtant important de savoir qui est le joueur car il est le prédateur...
    La suite donc !

  • très palpitant, j'aime beaucoup, surtout la scène de l'infirmière qui t'apporte le repas et le jeu des 2 personnages! très drole en fait!! au plasir de te relire. véro

  • il me semble être au pays d'Alice... un monde à l'envers.. le pays des miroirs...

  • je viens de lire les trois textes en même temps.j'attends ,comme les autres, la suite avec impatience ...

  • tu nous perds, mais pas comme dans la poésie...

  • Ca y est je l'ai enfin lu cette nouvelle qui m'intriguait tant...et qui me surprend. J'aime beaucoup!!! Dommage que je la prenne en route mais les précédentes nouvelles seront avalées comme ces 3 là. Bravo pour le thème, iil n'est pas évident à traiter et surtout de si bonne façon. Nous sommes le 7, vivement ce soir pour lire la suite ;)
    à très bientôt monsieur Monster Jack et encore merci pour ces mots qui m'ont égayés

  • Avec un peu d'humour c'est du coup bcp plus efficace, je lis la suite...

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