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Il y a des matins

Il y a des matins où le réveil ne sonne pas. Mais intuitivement tu sens que cela n’a pas d’importance, que le temps semble avoir suspendu son décompte. Tu te retrouves seul devant ton café, le regard hagard des vagues à l’âme. Ton amie la télévision, ne diffuse pas les tonitruantes breaking news dont tu t’abreuves goulûment les matins de stress, elle reste muette, remisée dans son coin. Un bref moment, que tu chasses d’un clignement de paupière, tu t’interroges sur ce que tu as fait de ta vie, mais tes yeux n’arrivent plus à couler. Tu devines que ta vie fiche le camp, t’échappe, mais tu ne fais rien pour la retenir, pour ne pas être aspiré dans cette spirale sans fond qui irrésistiblement t'attire.

Il y a des matins où même le bus ne s’arrête pas et te renvoie à ce que tu es, dans les bas-côtés. Mais désormais plus rien n’a d’importance, le temps a suspendu son outrageux vol. Seul le bruit de tes pas sur le macadam te rassure. Tu te laisses gagner par la douce volupté des senteurs matutinales, ton esprit se perfore, tu t’évapores. Tu es libre comme l’air, plus léger même, tu n'es rien, tu n'existes plus...Au loin il y a cette belle inconnue qui remonte la rue, comme le cours de sa vie, pendant que toi, tu la redescends. Ton regard va croiser le sien, le dernier espoir de se raccrocher à lui, de ramener la balance à l'équilibre. Mais toi, ton seul désir est de te noyer dans le bleu profond de ses yeux. Destins croisés...

Il y a des matins où tu comprends que tout est fini, que plus rien n’aura d’emprise sur toi. Le train est à l’heure pour une fois. Le cri strident du signal de fermeture des portes déchire le bruissement des conversations et te fait grimacer. Le temps a repris son décompte inexorable. Où es-tu MonsterJack? Les gens autour de toi s'affairent, les jeunes titillent leur téléphone mobile, quelques costards pianotent sur le clavier de leur ordinateur portable, d'autres encore commencent leur nuit, la plupart lisent gratuitement. Tu les observes incrédule, tous fourbissent leurs coutumières affaires de travail, qui de l'attaché-case, du cartable, du sac à dos, du sac en bandoulière...Qui es-tu MonsterJack? Toi aussi, regarde, tu as un cartable sur les genoux! Tu vas bosser...

Gare de Lyon? Mince! J'ai laissé filer la station. Quelle heure est-il? Quel con! je n'ai pas pris ma montre. Je vais être en retard au boulot, fait chier! Je vais rater le début de la réunion DRH du big boss... Putain de temps!

 

Jack O. Monster, © 2007, tous droits réservés.

Commentaires

  • Le matin, c'est la station du bout de la nuit, terminus clair, et ça repart pour un tour, pour un jour... Je bois un thé made in India dans un décor encre de Chine, voyage immobile, est-il tôt ou bien tard, je ne sais pas, le sommeil s'est caché, je l'ai cherché un moment puis j'ai renoncé, mes doigts en pattes d'araignée sur le clavier je suis partie pour une petite e-balade et, surprise, y'avait un nouveau bouquet de mots sur la table chez Sheela, petite escale, je comm ça vient et je repars, mon réveil ne sonnera pas demain...

  • @Kiki :
    Il me semblait bien avoir senti quelque chose, comme des pattes d'araignée, feuilleter les strates de mon inconscient nocturne. J'avais injustement attribué cette sensation à Spiderman, vu récemment. Que nenni! C'était Kiki en train de tisser sa toile sur Sheela...

  • C'est étrange que ces matins là, je ne t'aie pas rencontré Monsterjack! Car ce que tu évoques là, j'ai l'impression de l'avoir vécu mille fois!
    Je trouve que tu as un style tout à fait personnel et percutant, un ton détonnant et...beaucoup de talent!
    J'attends avec impatience ton prochain écrit surtout que j'ai souscrit à ton blog...
    A un de ces matins peut-être, au hasard de la course au temps...
    Ananda

  • @ananda :
    Merci pour tes compliments.
    Quant à nous rencontrer autant être dans des conditions meilleures que celles décrites dans le texte. Ceci explique-t-il peut-être cela...

    Jack O. Monster

  • C'est un des textes que je préfère de toi. Celui en tout cas dans lequel je me retrouve le plus, très bien observé. Tout ce que tu décris, j'ai l'impression de le répéter à loisir mille fois.C'est tout à fait ça. Merci pour tant de justesse, de ressenti....et tes interventions sur le buzz littéraire...(qui a repris du service ce soir 29.05, ouf...)

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